LES COMBATS DU 21 AU 24 JUILLET, LE CONCOURS DE LA 3ème DIVISION AUX OPÉRATIONS DE LA 2ème DIVISION COLONIALE

Un énorme travail de traduction a été réalisé par Monsieur Angelo ZAMBON, avec l'aide du Colonel MAGLIOCCHETTI, Attaché Militaire Italien à Paris. Merci, à tous deux, pour ce travail .....

LE CONCOURS DE LA 3ème DIVISION AUX OPÉRATIONS DE LA 2ème DIVISION COLONIALE FRANÇAISE DU 21 AU 24 JUILLET - RETRAIT DU FRONT DE LA 3ème DIVISION ET SON RASSEMBLEMENT DANS LA ZONE DE VANAULT-LES-DAMES

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A 1h. environ du 21 juillet le Général Mordrelle reçoit l'ordre d'opérations n 55 avec lequel la 5ème armée, confirmant les directives déjà données le 19 Juillet pour l'attaque, ordonne à la 2ème division coloniale, renforcée des bataillons italiens, au XXIIème corps anglais et au Vème corps français de persister sans arrêt dans l'action pour vaincre la résistance que l'ennemi, contraint d'abandonner la berge sud de la Marne, oppose encore entre la Marne et la cote 240.

A 10h.30 les troupes britanniques reprennent l'attaque, mais leurs progrès ne sont pas sensibles; la 2ème division coloniale limite son activité à l'envoi de fortes reconnaissances (du 23ème colonial) à la suite des troupes de la CLXXXVIIème brigade anglaise pour être tenue au courant du cours des opérations dans ce secteur, et à l'emploi sur tout le reste du front de patrouilles destinées à sonder les intentions de l'ennemi. Pendant l'attaque anglaise les Allemands ne cessent de bombarder la première ligne et les arrières. Même l'infanterie se montrent plutôt active, surtout vers les lisières du bois de Vrigny, où de nombreuses patrouilles sont repoussées par les feux croisés des troupes en ligne.

Aux tirs de l'artillerie alliée contre des groupements signalés vers le bois de Beneuil l'ennemi oppose le feu de ses groupes sur Vrigny, Ste Euphraise, bois de la Vallotte et sur Bouilly, causant des pertes très graves aux bataillons du 89ème et du 90ème régiment italien.

Dans l'après-midi le général Berthelot convoqua à Hautvillers les commandants du XXIIème corps britannique, du Vème corps français et de la 2ème division coloniale pour donner de nouvelles instructions pour l'exécution des opérations, directives qu'il confirma avec un nouvel ordre d'opérations, sur la base duquel l'extension de la zone d'action du XXIIème corps était réduite, déplaçant opportunément la limite nord-est du secteur.

Au commandant la 2ème division coloniale fût confié le commandement d'un regroupement constitué de sa division renforcée des bataillons italiens et de la 77ème division , de nouvelle affectation. Avec un tel regroupement le général Mordrelle devait attaquer le 22 juillet, à droite du XXIIème corps, les positions comprises entre la cote 240 et le bois du Petit-Champ, en se mouvant avec direction générale nord-ouest, et sans plus attendre que les troupes anglaises se portent à sa hauteur.

Le 37ème régiment d'artillerie "porté" passa à la dépendance de la 2ème division coloniale. Les commandants des divisions : 77ème d'infanterie et 2ème coloniale qui se rencontrèrent à Chamery, après avoir examiné la situation générale et celle particulière des troupes respectives, se sont mis d'accord sur l'impossibilité d'attaquer le 22 et sur la nécessité de différer l'opération au 23 juillet; en outre ils convinrent de la nécessité que la 2ème division coloniale devait prendre l'offensive au nord du Noron, seulement lorsque le 77ème aurait ratissé le terrain entre la pente sud du Noron et l'Ardre.

Le général Berthelot, auquel ces accords furent présentés, les approuva.

La journée du 22 juillet se passa donc dans ce secteur dans les préparatifs des opérations à accomplir le jour suivant.

A la 77ème division fût attribuée la partie du front délimité au sud par la ligne : lisières ouest des bois du Petit-Champ, de Rouvroy, d'Hyermont , de Dix-Hommées, de Houleux - confluent du Noron dans l'Ardre, lisière ouest du village de Treslon ligne de contact avec le XXIIème corps anglais, et, au nord, par la jonction: fermes d'Ecueil et de Heurtebise, Onrézy, Clairizet, bois de Ste Euphraise, bois 500 mètres à l'est de Méry-Prémecy-carrefour des routes - Méry - Prévecy - Rosnay et Bouleuse-Gueux- lisière ouest de Rosnay; à la 2ème division resta, en conséquence, confiée la zone au nord de cette dernière limite. Les deux bataillons du 104ème et le I/86ème, qui étaient en ligne dans le secteur assigné à la 77ème, y restèrent continuant, toutefois, de dépendre du commandement de l'infanterie divisionnaire de la division coloniale.

A la disposition de la 77ème division passèrent, par contre, avec l'artillerie française, le 4ème régiment d'artillerie italien (3 groupes de 75) et le XVIIIème groupe de 149 de notre 9ème regroupement.

En conséquence des ordres émis par le commandement de la 2ème division coloniale, le groupe tactique destiné à opérer sur le front (groupe F.) résulta, en définitive, constitué des régiments (dans l'ordre de nord au sud) : 24ème colonial, 43ème colonial, 23ème colonial, régiment de manoeuvre italien; au groupe fût assigné comme premier objectif la conquête de la lisière est du bois au nord-ouest de Vrigny, des carrières de la cote 171, de la cote 204, de la cote 215 (bois de Naveau) et de la butte à l'est de Méry-Prémecy.

Le IIème bataillon du 159ème régiment d'infanterie français (77ème division) fût placé provisoirement à la dépendance tactique du commandement de l'infanterie divisionaire de la 2ème D.I. coloniale et eut la tâche de conquérir le bois de Ste Euphraise, débouchant du village homonyme et se tenant en liaison avec le régiment italien de manoeuvre et avec le régiment à droite de la 77ème division (159ème).

La 2ème division coloniale disposait en outre des 89ème et 90ème régiments italiens; ainsi que, comme il a été dit, des deux bataillons du 104ème régiment d'infanterie et du I/86ème qui restaient pour défendre leurs positions respectives.

A 23h. le régiment de manoeuvre italien reçut du commandement de la deuxième division coloniale l'ordre des opérations pour le jour suivant. Le nouveau secteur assigné au régiment était délimité, à l'est, par la ligne: lisière ouest du bois de Naveau - côte 219 du bois de Vrigny (point de soudure sur la ligne de départ avec le 23ème d'infanterie colonial français; à l'ouest : corne est de Méry - Prémecy - lisière ouest du bois de Ste Euphraise (point de contact avec le II/159ème français).

L'objectif à conquérir était la cote qui, du bois de Naveau descend sur Méry-Prémecy. Le déclenchement de l'infanterie fut fixé pour 11h., après 1h. de préparation d'artillerie. Par la suite, toutefois, la préparation fut supprimée et, par contre, il fût établi qu'à la dite heure l'infanterie devait se mouvoir, résolument, précédée par le tir de "barrage roulant" à raison de 100 mètres toutes les 4 minutes.

A l'aube du 23 juillet, le régiment avait assumé l'échelonnement des attaques, détachement d'assaut en premier échelon sur la ligne de surveillance, environ 100 mètres avant la ligne de départ; Ier bataillon du 76ème et Ier du 89ème derrière, en deuxième échelon, à une distance d'une paire de centaines de mètres, opportunément fractionnés pour utiliser les couvertures du terrain.

A 11h. le détachement d'assaut bondit à l'attaque et dépasse en volée les défenses avancées de l'ennemi qui, surpris par l'impétuosité de l'action abandonne précipitamment; le I/76ème et le I/89ème suivent l'impétuosité du bataillon d'assaut serrant sur lui. Les défenses allemandes successives, soigneusement organisées et munies de barbelés, se déroulent le long de la route Méry-Prémecy- Gueux. L'attaque des fantassins d'Italie se déverse irrésistible sur elles. Dans les baraquements environnant la ferme de Méry-Prémecy et dans la caverne existant dans la localité sont capturés quelques officiers du commandement du secteur et ceux d'un poste de secours. Tombent dans nos mains, après une âpre lutte corps à corps, 3 canons de 77 mm., et on récupère un canon français.

Tandis que le détachement d'assaut et le I/76ème réalisent ces succès, à gauche le Ier bataillon du 89ème dépasse la première ligne ennemie, mais, bien que protégé sur le flanc gauche par le feu des mitrailleuses du IIème bataillon du 89ème, il est contraint de faire face vers le bois de Ste Euphraise, d'où partent de violentes et précises rafales des mitrailleuses.

Ni la réaction très intense de l'artillerie, ni celle des mitrailleuses, ni la tenace résistance de l'adversaire ralentissent la fougue des nôtres, qui, à 13h.30 avec une avance de 45 minutes sur l'heure fixée, précédant de même le "barrage roulant " , rejoignent sur tout le front les objectifs qui leur étaient assignés. Dans le bois de Naveau ils trouvent et établissent la liaison avec le 23ème régiment colonial qui, tirant bon profit de l'heureuse action italienne, avait vaillamment conquis ses propres objectifs.

Dans l'ensemble, la ligne rejointe par les troupes de la 2ème division coloniale au terme du combat était, approximativement, la suivante : cote 134 - cote 153 - route Vrigny - ferme de Méry - limite sud-est de la côte 211 - route qui de Gueux va à la ferme de Miry, lisière sud du bois Naveau - butte à l'ouest de la ferme de Méry, bosquet de la cote 123 (aile gauche du I/89e italien). De cette localité vers Ste Euphraise il y a un vide : le II/159ème français, cloué au sol par le tir des mitrailleuses placées dans les bois de Ste Euphraise et de Beneuil, n'a pas réussi à déboucher du village. La défense allemande exploite la situation qui s'est créée dans ce secteur, pour battre en biais et en revers la ligne tenue par le régiment de manoeuvre italien.

Pour parer la menace de ce côté, le commandant du régiment demanda à plusieurs reprises des renforts. A 18h. fût mise à sa disposition une compagnie du 90ème d'infanterie (Ière du I/90ème) et avec elle il eut le moyen de relier la gauche du 1er bataillon du 89ème avec la ligne de départ tenue par le II/89ème.

Le commandant de l'infanterie de la 2ème division coloniale, se félicitant des résultats obtenus par nos troupes, ordonna au commandant du régiment de manoeuvre de tenir solidement la défense de la côte 196 et de barrer avec efficacité le petit vallon de la ferme de Méry; entre-temps il lui annonce l'envoi de deux compagnies de mitrailleuses de corps d'armée.

A sud, la 77ème division française avait réussi seulement de s'emparer du parc de Commetreuil et de la lisière ouest du bois du Petit-Champ. A 20h., après un bombardement d'une violence inouïe, sur le front de la 2ème division coloniale les Allemands déclenchèrent des contre-attaques réitérées : à gauche, pris sous le feu meurtrier de la défense, ils ne réussirent pas à avancer; au centre ils furent repoussés après de très violents corps à corps, à droite les tirailleurs sénégalais du LXIVème bataillon, qui pendant l'attaque avaient rejoint la route encaissée à l'ouest de Vrigny, ayant été décimés et ayant perdu presque tous leurs officiers furent obligés de se replier sur les positions de départ. L'adversaire n'insista pas plus loin dans ses attaques. Le commandant du régiment italien de manoeuvre, environ à 24h., reçut les renforts préannoncés, auxquels fut ajoutée une troisième compagnie de mitrailleuse de corps d'armée et un bataillon du 79ème régiment d'infanterie français: il décida que deux compagnies françaises occupent le tronçon du front compris entre le bois de Naveau et la cote 196, qu'une troisième compagnie française se déplace en renfort à la ferme de Méry-Prémecy avec les restes du I/76ème, et que les compagnies de mitrailleuses italiennes prennent position dans le tronçon du front compris entre l'extrême gauche du bataillon du 79ème français et la droite du I/89ème, de façon à constituer une fortification qui interdise les approches ennemies de Méry-Prémecy.

Le deuxième détachement d'assaut italien, qui dans l'après-midi, rejoint les objectifs, était passé en position arrière, fût retiré de la ligne et acheminé vers Ofry.

Un nouvel ordre de la 5ème armée, promulgué à 19h., rétrécissait encore le secteur confié au XXIIème corps d'armée anglais et augmentait celui assigné au regroupement Mordrelle, auquel il destinait deux autres divisions: la 168ème et la 120ème.

Avec un ordre particulier l'armée disposait, en outre, que la troisième division italienne se réunisse au sud de la Marne dans la zone : Oiry, Plivot, Bisseuil, Athis-Cherville, Jalons, Champigneul-Champagne, Les-Istres et Bury, Flavigny. Les éléments de la division qui n'étaient pas engagés dans la bataille devaient se mettre en mouvement pour rejoindre les dites localités le soir du 24 juillet, les autres suivraient dès que possible. Les éléments italiens chargés de la défense des ponts sur la Marne auraient été remplacés tout de suite par des éléments du XXIIème corps d'armée anglais.

La journée du 24 s'écoula assez calme sur le front de la 2ème division coloniale. La situation du 23ème d'infanterie coloniale et du régiment italien apparaissait toutefois assez précaire : en fait, il n'avait pas été possible de conquérir, d'une part, le bois de Ste Euphraise, et de l'autre, la côte 211. De cette côte l'ennemi battait en enfilade toute la ligne; des troupes allemandes entassées à sud de Janvry faisaient penser comme imminente une contre-attaque qui, débouchant de la route de la côte 171 en direction du petit vallon de la ferme de Méry aurait prise à dos notre défense. L'ensemble de cette situation conseilla donc au commandement de la division de reculer la ligne à l'est de l'étang de Méry; le recul fut effectué pendant la nuit du 24 au 25 juillet. Au sud, la 77ème division lutta toute la journée pour la conquête du bois de Dix-Hommées, mais les Allemands réagirent vivement, avec même des contre-attaques heureuses, et le front, enfin, s'établit sur la ligne : chemin, Bouilly,Chaumuzy, lisières ouest des bois de Hyermont, de Rouvroy et du Petit-Champ. A ces actions participèrent activement et avec succès les groupes du 4ème régiment d'artillerie italien. Les T.S. du IIème corps d'armée (exception faite du IIème détachement d'assaut et des compagnies mitrailleuses) terminèrent le mouvement commencé par voie ordinaire le 22, rejoignant la zone de Arcis-sur-Aube.

Dans l'après-midi du même jour le commandement de la 3ème division, quitta Sermiers, se transféra dans le château des Marais, près d'Athis, tandis que la brigade Napoli, la 148ème compagnie télégraphistes et le LXème bataillon du génie commençaient la marche le long de l'itinéraire : Cadran, Champillon, Malmaison, Ay, Mareuil, pont de Mareuil, carrefour à l'ouest de Oiry, pour se rendre dans la zone Oiry, Athis, Flavigny.

Le 9ème regroupement P.C. resté en ligne à sa requête et employé encore le 23 juillet à la dépendance du regroupement Mordrelle, laissa ses emplacements dans la nuit du 24 juillet et faisant étape le même jour à Voipreux et le 25 à Haussimont, rejoignit le 26 la zone de repos (Montsuzain ,Voué, St Rémy).

L'entrée en ligne, entre la 77ème division et la 2ème division coloniale, de la 168ème division, permit de remplacer, dans la nuit du 24 au 25, les détachements italiens encore à disposition de la 2ème division coloniale. Le régiment italien de manoeuvre se dissout : le I/76ème et le I/89ème rentrèrent dans leurs régiments respectifs. Le 89ème et le 90ème d'infanterie furent envoyés dans la région de Cadran, d'où, le 25 juillet, ils se portèrent par V.O. dans la zone d'Epernay.

Dans la même journée le 2ème détachement d'assaut et les quatre compagnies mitrailleuses de corps d'armée retournèrent à la dépendance directe du commandement du IIème corps; le détachement d'assaut de Oiry alla, en train, à Arcis-sur-Aube, et le 27, en camion, à Premierfait; les compagnies mitrailleuses, acheminées avant à Cuis et Cramant, le jour 27 rejoignirent, en camion aussi, Viapre-le-Petit, dans la zone de Arcis-sur-Aube

Le 26, la 3ème division commença le mouvement pour se transférer dans la zone qui, par ordre de l'armée, devait être sa zone de rassemblement définitif (St Quentin, les Marais, Bassuet, Vanault le Châtel, Bussy le Repos, Contaut-le-Maupas, St. Mard sur le Mont, Charmont, Villers le Sec, Heiltz le Maurupt, Jussécourt, Le Buisson sur Saulx, Dompremy, Haussignémont, Favresse, St. Etienne, Vitry en Perthois).

Les éléments à pied effectuèrent le transfert au moyen d'autocolonnes; ceux montés, les chariots, le train accomplirent la marche en deux étapes (1ère étape: L'Épine - St Memmie - Courtisols - St Martin; 2ème étape: zone de Vanault-les-Dames).

Le 4ème régiment d'artillerie, dont la mission au front avait été assumée par l'artillerie divisionaire de la 158ème, se dirigea directement au sud de la Marne. En deux étapes (Athis et Courtisols) rejoignit, le 28 juillet, les cantonnements de Possesse et Charmont.

Aussi dans la journée du 27 juillet le 64ème régiment de marche, les bataillons complémentaires des brigades et les derniers éléments du corps d'armée rejoignirent leurs logements respectifs près de Arcis-sur-Aube.

Le IIème corps italien, décimé et fatigué, était désormais recueilli dans la zone de repos et de réorganisation.

Les Autorités civiles et militaires, françaises et italiennes en avaient exalté la valeur indomptable; ses rescapés, fiers du devoir accompli, se préparent, avec une volonté tenace à de nouvelles épreuves.

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